Nos Alpes, montagnes
récentes, se sont formées il y a 70 millions d'années et on retrouve dans certains
terrains de la station de Flaine (1 600 m) et dans Les Grandes Platières (2 500 m) des
coquillages qui ont vécu dans l'océan primitif.
Plus tard, le refroidissement de la terre a permis que
se forment sur les montagnes la neige et les glaciers. A la dernière période glaciaire,
qui a commencé il y a 150 000 ans et s'est terminée il y a 10 000 à 15 000 ans, un
glacier recouvrait la vallée de l'Arve et son altitude moyenne était de 1 350 m, de
sorte que l'emplacement des Carroz était recouvert de 200 m de glace.
Pendant cette période glaciaire, l'homme préhistorique vivait près des glaciers qui
étaient de bons terrains de chasse et on a retrouvé sur le territoire de
Barre-sur-Onnion, à 18 km d'Arâches, un foyer dont les cendres, analysées au carbone
14, ont indiqué qu'il date de 70 000 ans.
Plus récentes, les traces des cités lacustres des lacs de Savoie
datent d'environ 4 000 ans. Les hommes forment, non plus seulement des tribus, mais des
peuplades et ce sont les plus forts qui occupent le terrain et 1 000 ans avant J.C., ce
sont les Ligures qui occupent ce qui correspond à la Savoie actuelle ; puis ils sont
refoulés par les Celtes, vers 500 ans avant J.C., qui y fixent une de leurs peuplades :
les Allobroges, dont le nom servira de titre à l'hymne actuel des Savoyards. Ensuite, la
conquête romaine commence en 218 avant J.C. ; ils construisent des routes et des centres
actifs : Genava (Genève), Boutae (Annecy). Le terme Sapaudia
apparaît en 354, plus tard il devient Sabaudia, Saboia puis Savoie.
De 443 à 534, la Savoie est dominée par les
Burgondes, peuple germanique refoulé par Attila et installé par les Romains, Genève est
la capitale du royaume Burgonde et Vienne sa métropole religieuse.
Jusqu'en 887, la Savoie est le théâtre de luttes continuelles entre les Francs et les
Lombards.
Linvasion des Sarrazins ruine le pays jusqu'à ce que Guillaume, comte de Provence,
anime en 972 une croisade pour les chasser, ce qui n'est réalisé qu'en 980. Le Faucigny
devient fief de l'Empire Germanique et est érigé officiellement en province
indépendante avec Cluses pour capitale et Sallanches pour chef-lieu où est installé le
tribunal du 71 décanat de Genève.
C'est vers 1050 que les premiers habitants se fixent
sur le plateau d'Arâches et c'est en 1222 qu'ils construisent leur première église.
Saint François de Sales, alors évêque de Genève, la visitera le 4 août 1606.
La Savoie bénéficie d'une période de calme relatif grâce à la succession des
ducs et des comtes de Savoie qui gouvernent la région. Parmi les plus célèbres :
Humbert aux Blanches Mains, Amédée VI (1343-1383) le Comte Vert, Amédée VII (1 383 -1
434) le Comte Rouge et Amédée VIII qui devint pape sous le nom de Félix V.
En 1481, Arâches compte 60 feux, soit 300 habitants.
En 1536, la Savoie est rattachée à la France
jusqu'en 1559, puis Emmanuel-Philibert, duc de Savoie, s'allie avec les espagnols,
remporte deux victoires sur les français et récupère ses terres. En 1562, il choisit
Turin pour capitale.
En 1586, les Bernois envahissent le Faucigny et brûlent le château de Châtillon dont
les ruines sont visibles au col de Châtillon. Mais ils ne peuvent envahir Cluses,
défendue par des milices locales. Dans les années 1500, les moyens de vivre deviennent
insuffisants pour une population qui augmente et les plus actifs s'expatrient. Nous
arrivons à la période de l'émigration qui a été fortement encouragée par la
réussite des premiers émigrés. Le pourcentage des partants a atteint un maximum de 40%
de la population d'Arâches. Certains reviennent pour les moissons, ils portent les
costumes des pays d'où ils viennent et qu'ils sont fiers d'arborer et cela donne aux
fêtes et aux foires une couleur particulière.
Leur travail dans les pays d'accueil est très varié : ouvrier sur cuivre, mercier,
négociant en toilerie et draperie, colporteur, coursier, régisseur...
En 1726, alors qu'il y a 500 habitants à Arâches, il
y a 105 émigrants ainsi repartis: 68 en Allemagne, 21 en France, 11 en Suisse et 5 en
Italie.
Ceux qui restent à Arâches élisent tous les ans un Regrattier (débitant de sel pour le
compte de l'Etat), un Exacteur (percepteur local) ainsi que plusieurs Syndics. En 1 700,
l'église d'Arâches a été détruite par le feu et reconstruite. C'est l'église
actuelle : on retrouve dans la base de ses murs extérieurs des têtes sculptées
primitives qui sont des souvenirs de la première église.
Le chur est offert par des émigrants de Vienne, en Autriche, les lustres
sont de Paris et une salle du presbytère, actuellement aménagée en musée, contient une
quantité d'objet de culte offerts par des émigrants.
En 1728, Nicolas Falquet fait construire la chapelle du Pernant sur l'emplacement des
ruines d'une ancienne chapelle dont une croix en pierre marque l'emplacement ; il a déjà
fait et fera d'autres nombreux dons à son village natal car il a fait fortune à Vienne
où il est parti à l'âge de 12 ans, sans instruction, pour être coursier chez un
négociant qui, se rendant compte de son intelligence, lui fait donner des cours en même
temps qu'à ses enfants. Nicolas se marie avec la fille du patron, devient le successeur
de son protecteur. Plus tard, sa femme décède. Il revient à Arâches pour se marier
avec Claudine Passy du hameau du Lay avec laquelle il a plusieurs enfants dont Bernard,
né en 1710 et qui, en Allemagne, deviendra baron d'Empire ; Béatrice, née à Arâches
en 1713, et Thérèse qui sera religieuse ursuline à Sallanches. A sa mort, il laisse une
fortune de 2 millions de florins d'empire.
La liste des émigrés qui ont réussi est longue, on a même retrouvé, dans les
archives, la lettre d'un bourgmestre d'Autriche avec l'avis de décès d'un habitant
d'Arâches qui était colporteur et avait été assassiné.
Lémigration a duré tant que les habitants ne
pouvaient gagner leur vie sur place. Or, en 1715, il se passe un événement qui, en
lui-même, est insignifiant, mais qui a eu des effets considérables sur l'avenir de la
région : en 1715, Claude-Joseph Ballaloup, fils de fabricant de pendules de
Saint-Sigismond (à 5 km d'Arâches), revient de Nuremberg (Allemagne) où il a appris à
fabriquer des pièces détachées de montre. Il monte un atelier de fabrication et fournit
ses anciens maîtres, puis il forme à son tour des apprentis. Ce travail, qui permet de
bien gagner sa vie et qu'on peut exercer à la maison pendant les longs mois d'hiver,
correspond tout à fait aux besoins des Savoyards. Mais on peut admirer l'effort de
volonté nécessaire pour passer des gros travaux de la montagne au travail très délicat
des petites pièces de montre. Tous n'y arrivaient pas.
En 1760, il y a 17 ateliers d'horlogerie à Arâches avec une moyenne de 2 ouvriers par
atelier. Les pièces détachées sont livrées à Genève où les mouvements sont montés,
puis mis en boite, et les émailleurs de boites de montre de Genève ont une
réputation mondiale.
Le Faucigny prospère grâce à l'horlogerie et, en 1860, il y a 1 200 horlogers. La
population d'Arâches passe de 540 en 1765 à 780 en 1789. La Révolution française a une
influence très importante sur la Savoie. Les troupes françaises entrent en Savoie le 22
septembre 1792.
La Convention incorpore la Savoie dans la République
le 27 novembre 1792 et crée le département du Mont-Blanc. En 1798, Chambéry est
chef-lieu. A la chute de Napoléon, la Savoie est attribuée au roi de Sardaigne par le
traité de Paris, le 30 novembre 1815.
Pendant cette période troublée, la population d'Arâches diminue à 442 habitants en
1802 puis, le 14 juin 1844, Cluses subit un incendie catastrophique : 220 maisons sur un
total de 230 sont entièrement détruites et la population d'Arâches passe à 882
habitants en 1848, puis, plus normalement, à 783 en 1884.
Le 7 juin 1855, l'hymne de Savoie, "les Allobroges ", est créé.
En juillet 1858, a lieu, à Plombières, l'entrevue de
Cavour, ministre du royaume de Sardaigne, avec Napoléon III, qui détermine le destin de
la Savoie et, le 24 mars 1860, le traité de Turin fixe les modalités du rattachement de
Nice et de la Savoie à la France par un plébiscite qui a lieu le 22 avril 1860 et donne
130 839 voix pour et 235 voix contre le rattachement à la France. En 1895, l'usine
Cartier est la 1ère à fournir aux horlogers finisseurs des mouvements en blanc. C'est un
début de fabrication en série.
Le nombre d'ateliers artisanaux diminue jusqu'en 1914. Les horlogers se reconvertissent
dans le décolletage sur tour de reprise puis sur tour automatique. Cluses devient le plus
grand centre de décolletage de France. A Arâches, un atelier de décolletage compte 18
spécialistes.
Arâches se reconvertit, une fois de plus, dans le
sport d'hiver ; il a, en 1936, le téléski le plus long d'Europe et crée le 16 novembre
1937 un syndicat d'initiative. La commune d'Arâches couvre 3 660 hectares dans lesquels
la station de Flaine a les 4/5e de la superficie. La station des Carroz comprend 11
hameaux : l'Arbeyroz, le village de l'Eglise, Les Crêts, Les Nants, Lachat, Le Thoral, Le
Lay, Le Serveray, Le Sougy, Les Moulins, Le Pernant.
Il faut espérer que les visiteurs des Carroz auront, sur les
Savoyards, la même opinion que J.-Jacques Rousseau qui écrivait dans ses
"confessions " : " ... tels qu'ils sont, c'est le meilleur et
le plus sociable peuple que je connaisse ".